BIO BENOIT PERROUD

 

DÉCLIC

 

Je ne me rappelle plus exactement de la date. Je devais avoir 10 ou11 ans et j’étais en vacances chez mes grands parents, à Chambéry. Comme tous les enfants de mon âge, je dessinais. Peut-être plus que les autres. C’était devenu mon mode d’expression tant la timidité et l’introversion gagnaient du terrain sur mon caractère de pré-ado mal dans ses baskets. Connaissant mon goût immodéré pour cette forme d’art, mon grand-père paternel me prit à part. Il me commanda une affiche. Excédé par tous ceux qui, de passage dans la grande maison familiale, traversaient la moquette de sa chambre les grolles crottées de boue,  il me demanda de l’aide. J’étais ravi et me mit aussitôt au travail.  Je dessinais une chaussure souillée, barrée d’un trait oblique et cerclée de rouge : « Interdiction d’entrer avec ses chaussures sales !». Mon pépé placarda mon affiche sur la porte de sa chambre. Elle fit l’admiration de tous. J’étais comblé. Mon grand-père aussi.

 

Cela peut ressembler à une anecdote somme toute banale, mais elle fût déterminante dans mon devenir de jeune « adulescent ». Dessiner utile. Je possedais un certain don pour le dessin, reconnu par mes proches et autour de moi, mais au fond, je ne cessais de me répéter : et après, que vais-je en faire ? Mon pépé m’a donné la réponse ce jour-là. Se mettre au service d’une cause, aussi minime soit-elle, serait le leitmotiv de ma vie professionnelle. Un peu plus tard, nourri par mon imaginaire, l’observation du monde et influencé par des dessinateurs de BD, je me servirai du dessin pour « exister ». Des caricatures de profs ou de copains croquées sur le mur de mon garage aux copies de personnages de Gotlib, Bilal ou Franquin grattées sur ma table d’écolier ; j’avais trouvé le moyen de me faire « remarquer » ou du moins, j’ai senti que mon existence prenait du sens à cette période.

 

PARCOURS

 

En 1999, les éditions Didier Jeunesse publient dans la collection « Hurluberlu » ce qui a été, un an auparavant, mon projet de fin d’études aux Beaux-Arts de Besançon. Mon premier album, « Fulbert et le tailleur d’ombres » voit donc le jour alors que je m’échine à scanner des couchers de soleil dans une agence de communication parisienne où je deviens directeur artistique junior. Avec la naissance de ce livre, j’ai le pied à l’étrier, je quitte un peu plus tard l’univers de la publicité. Plusieurs de mes livres sur le thème de l’ombre paraîtront les années suivantes : « Zisso et les ombres perdues » chez le même éditeur en 2001 et « Ombroglios » aux éditions du Poisson Soluble en 2006 . Un thème qui me tient à cœur tant le pouvoir évocateur des ombres est fort à mes yeux (je suis passionné depuis longtemps par le mouvement expressionniste du début du XXème siècle en Europe du Nord). Une ombre géante devenue encombrante est découpée par un tailleur-magicien ; les ombres portées d’une ville moderne sont emportées par une gigantesque tempête ; un loup se démène avec son ombre moqueuse…

 

Au delà de ce thème, je cherche, dans mon travail, à développer et à expérimenter des idées-forces dans la forme et dans le fond. Pour moi, la forme définit le fond et le fond définit la forme.

 

Pour la forme, j’ai toujours une citation d’Henri Matisse gravée dans la caboche, prolongée jusque dans les doigts : « DESSINER, C’EST FAIRE UN GESTE EXPRESSIF AVEC L’AVANTAGE DE LA PERMANENCE. » Changer d’outils, expérimenter des techniques différentes est un véritable moteur dans la création de mes projets personnels.

 

En me limitant à de l’impression en bichromie- un noir profond et un cyan clinquant- je raconte l’histoire d’un être qui se dissout peu à peu dans les affres d’un monde privé de sentiments (« L’être effervescent. Editions Les oiseaux de passage, 2004). Quand je n’utilise pas les pinceaux, l’encre de chine, la plume ou l’acrylique, je réalise mes images avec des crayons noirs et des fusains  que je rehausse de couleurs numériques. Petite cuisine personnelle et tambouille faîte maison pour raconter l’histoire d’un petit alligator qui cherche le sommeil (« l’île du géant repos » Sarbacane, 2008), celle d’un prince maudit sur qui s’abat le mauvais sort (« Prince en pince » Editions la Martinière Jeunesse. 2014) ou dans mes différents travaux de commandes pour la presse et l’édition jeunesse.

 

Dans le fond, je règle des comptes avec mes démons intérieurs, je tente d’apprivoiser l’âpre réalité du monde, je tente d’apporter de la dérision et de l’humour au sacré, à l’irréversible, je jongle avec l’absurdité pour mieux m’accoutumer à l’absurdité du réel. Dans mon roman graphique « Grigridédé » paru en 2008 chez Actes Sud l’An 2, je construis , avec une large part d’improvisation et de manière un peu schizophrénique, une fiction en me basant sur des faits réels ou vécus dans une petite ville de province. Le trait est minimaliste et va à l’essentiel : servir le sujet, brut et sans fioritures.« Monsieur D » paru en 2012 chez Gargantua est une réinterprétation de l’ouvrage le plus lu et le plus connu au monde depuis des siècles : la Bible et la Génèse en particulier. Là aussi encore, c’est le fond qui a interféré sur la forme. J’ai laissé une place prépondérante aux blancs, aux espaces vierges et saturés de lumières, contrastant avec des pages foisonnantes et étouffantes sur la fin du récit.

 

J’alternne donc depuis plus de 15 ans, des travaux de commandes pour différents éditeurs ( La Martinière Jeunesse, Gulf Stream Editions, Milan Jeunesse, Nathan, Lito, Actes Sud Junior, Didier Jeunesse, Tourbillon, Bayard Presse, etc…) avec des projets que j’écrit et dessine pour la bande dessinée ou le secteur de l’édition jeunesse. Je consacre aussi beaucoup de mon temps libre à la peinture sur toile, la sérigraphie ou la linogravure.

 

Mes influences sont diverses. Je puise mon inspiration de rencontres, de discussions ou de différentes formes d’art: Le cinéma (David Lynch, Kim-ki Duc, Jim Jarmusch, Martin Scorcese et Monty Pithon ); la peinture (L’expressionnisme, l’art brut, Edvard Munch, Emil Nolde, Kirschner, Jerôme Bosch) ; la litterature  (Emmanuel Carrère, Erri De luca, Pierric Bailly , Roland Topor, Michel Houellebecq) la musique (Nirvana, Alain Bashung, Fishbone.) et la bande dessinée (Fabio Viscogliosi, Ludovic Debeurme, Jacques de Loustal).

 

L’album Jeunesse, la peinture et la BD sont devenus pour moi, au fil du temps, des domaines d’expression personnelle formidables, tant le champ des possibilités graphiques et narratives est, à mes yeux, infini.

 

Après 12 années passées à Paris, où les rencontres de tous horizons furent fructueuses, je vis avec ma compagne et mon fils à Besançon et partage actuellement un atelier avec d’autres collègues graphistes et illustrateurs.

 

BENOIT PERROUD

Illustrateur

73 rue de Belfort

25000 BESANÇON

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06 87 12 56 58

 

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